galerie La Grande Traversée

De Darwin à Adelaide, il n’y a qu’un pas. A 3000km près. Et 800km de plus pour revenir à Murrnong, d’où j’ai commencé trois mois plus tôt ce road-trip sans fin dont je vois enfin le bout.

Non contente d’avoir repris la route si longtemps, pour ce voyage qui ne se sera pas passé humainement comme je l’avais imaginé, je suis en tout cas soulagée d’arrêter ce genre d’expéditions de plusieurs milliers de kilomètres.

Retour en arrière et en images sur certains des emblèmes de l’Australie, même si ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressée dans ce périple au souvenir un peu amer.

Ici, difficile de ne pas suivre le même chemin que tout le monde : pour traverser le pays il n’y a qu’une route. Comme souvent dès qu’on a quitté la côte Est, vu comme les régions sont isolées et les distances vraiment importantes.

Départ de Darwin ou presque donc, avec une co-voyageuse, direction le Sud et enfin sans avoir le soleil en face ! Car ici dans l’hémisphère Sud, le soleil est orienté vers le Nord, et je l’ai eu dans les yeux depuis que je suis partie de Perth.

Pour vous mettre dans le contexte, quand on regarde une carte du pays, on voit clairement que ce road-trip allait traverser plusieurs déserts. Et je ne sais pas vous mais quand on me parle de désert, j’imagine un paysage… désertique ! Pas forcément le sable du Sahara, mais au moins aucune végétation à perte de vue, une végétation spécifique aux rares endroits où elle pousse, un environnement très sec car sans eau ou presque. Serez-vous aussi étonnés que j’ai pu l’être ?

☀️🚙🏜

Premier arrêt à Katherine, et au Nitmiluk National Park.

La Katherine River traverse une succession de gorges, qu’il est possible de visiter uniquement en faisant des randonnées de plusieurs heures à plusieurs jours… Beaucoup trop long pour nous sur le moment, mais ce n’est pas grave car ça m’a permis de voir la chose la plus incroyable et impressionnante de toute ma vie.

En arrivant au début des gorges, j’ai remarqué que les arbres qui bordent la rivière étaient surchargés de points noirs. Les points noirs ? Des chauves-souris. Des dizaines de milliers de chauves-souris ! Je n’ai aucune idée du nombre qu’il pouvait y avoir, mais je n’aurais jamais imaginé pouvoir en voir autant. La sensation est indescriptible. L’odeur aussi, car l’urine de plusieurs dizaines de milliers de chauves-souris, ça sent TRES fort. Et elles font un sacré bruit…

Hors de question pour moi de partir avant la tombée de la nuit, je voulais voir le spectacle de leur envol. Et là, les sensations deviennent extrêmes et aucune vidéo ne rend compte de la réalité. Le ciel devient noir de chauves-souris avant de devenir noir pour la nuit. Ca vole dans tous les sens, ça hurle, ça se pose, ça décolle, on entend « ploc, ploc » partout autour de soi car elles défèquent en volant (je n’ai aucune idée de comment j’ai fait pour ne pas être touchée).

Il y en a quand même deux que j’ai perdu de vue, ce sont les deux kookaburras que j’ai croisés quelques minutes avant, attendant patiemment qu’un petit tombe de sa mère dans tout ce remue-ménage.

Il y a certaines choses dans la vie qui vous laissent sans voix, en contemplation devant leur magie et leur puissance. Les montagnes et la mer. L’infinité du silence de l’outback. La quantité d’étoiles dans un ciel entièrement noir. Le décollage d’un avion et la précision parfaite des tours de contrôle. L’envol de dizaines de milliers de chauves-souris.

Quelques amis de Batman

Si la vidéo vous impressionne, dites vous bien qu’elle est loin de montrer l’ampleur de l’événement qui paraît si extraordinaire et qui est pourtant quotidien.

*** Pour des raisons temporaires de stockage, les images de cet article ont été archivées, et seront remises en ligne prochainement ***

*** Diaporama 1 ***

Dernier arrêt avant le désert, les sources chaudes de Bitter Springs, à Mataranka.

Bien qu’elle pique les yeux, l’eau translucide et naturellement à environ 30°C est une surprise d’un autre genre. Alimentée par une source thermale, la rivière forme ici des « piscines » naturelles entourées de palmiers et de forêt tropicale, auxquelles il serait difficile de résister, surtout avant de se lancer dans…

*** Pour des raisons temporaires de stockage, les images de cet article ont été archivées, et seront remises en ligne prochainement ***

*** Diaporama 2 ***

… le désert !

C’est le désert, c’est sûr ? Regarde la carte. Oui, oui, c’est le désert. Ah.

Encore assez au Nord pour croire que le paysage va changer plus loin, nous nous arrêtons aux Devils Marbles. Tout un tas de gros rochers qui semblent avoir été posés là sans raison, et pourtant c’est en fait l’érosion du sol qui les a fait apparaître. Ils étaient à l’origine une simple couche de granite, mais le sol s’affaissant, l’eau s’est incrustée dans toutes les fissures et a fait éclater la roche. Pendant des millions d’années, elles ont été « polies » par le vent et la (faible) pluie et ont maintenant une forme arrondie. Elles continuent d’ailleurs à évoluer en permanence, exactement de la même façon. J’ai essayé pour voir, et je confirme qu’elles n’ont pas été créées par l’Homme. Nous sommes bien trop faibles.

*** Pour des raisons temporaires de stockage, les images de cet article ont été archivées, et seront remises en ligne prochainement ***

*** Diaporama 3 ***

Cette fois on a vraiment avancé, revoilà le Tropique du Capricorne. Et cette fois, je le passe de jour.

*** Pour des raisons temporaires de stockage, les images de cet article ont été archivées, et seront remises en ligne prochainement ***

*** Diaporama 4 ***

Quasiment à mi-chemin, nous atteignons Alice Springs, ville principale du Territoire du Nord après Darwin et Katherine. Et finalement, c’est vraiment une grande ville ! Si isolée du reste du pays, je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’elle soit si grande et développée. Je m’attendais presque à un « village-étape » sur la route entre le Nord et le Sud, avec tout juste de quoi ravitailler les chauffeurs routiers. Mais non, pas du tout. Je me demande même si ce n’est pas plus développé que Darwin !

*** Pour des raisons temporaires de stockage, les images de cet article ont été archivées, et seront remises en ligne prochainement ***

*** Diaporama 5 ***

Curiosité après Alice Springs, une météorite de plusieurs tonnes est tombée à Henbury il y a 4700 ans et a laissé 12 cratères béants dans le sol, allant de quelques centimètres à 15m de profondeur, et jusqu’à 180m de large. Le site a même été visité par les astronautes américains en préparation de leurs alunissages. La végétation et les animaux ont recolonisé l’endroit, et un des cratères est nommé « water crater » car il est sur le chemin d’un ruisseau qui capte l’eau des fortes pluies.

Et en sortant de la route pour emprunter un raccourci par des pistes, nous avons enfin un aperçu de paysage de désert comme on l’entendait ! Seulement sur quelques kilomètres par contre. Ensuite la végétation réapparaît avec les couleurs jaunes et vertes que je ne pensais pas voir à ce point.

Digne d’un paysage américain, bien que peuplé d’eucalyptus bien australiens, le Kings Canyon d’ici n’est pas à confondre avec le canyon californien du même nom. Il fait partie d’une chaîne de montagnes en plein milieu du pays, les MacDonnell Ranges.

On peut se promener en bas, à l’intérieur du canyon, puis choisir de monter ou non 100m plus haut pour admirer la vue. Une fois sur la crête, il est tentant (pas pour tout le monde mais je le recommande fortement) de prendre 2 ou 3 heures pour faire le circuit complet de 6km et visiter tout le canyon. Les paysages sont magnifiques, et je me suis éclaté à crapahuter dans les rochers (oui Audrey, j’aime crapahuter dans les rochers ; mais ça reste quand même des cailloux). Et à l’endroit où le canyon se resserre, il y a même un ruisseau qui coule et apporte suffisamment d’eau à la végétation pour créer un « jardin d’Eden ».

Kings Canyon, mon meilleur souvenir de tout le trajet après les chauves-souris.

Uluru, le centre de l’Australie, une des principales attractions du pays. Et pourtant, c’est juste un gros caillou… Même pas le plus imposant d’ailleurs, car le plus grand du monde, le Mont Augustus, se trouve en Australie Occidentale. Je n’avais pas pu y aller par manque de temps (depuis mon chemin il fallait une journée aller, une journée retour), et je dois donc me contenter de celui-là, Ayers Rock de son nom occidental.

Pas vraiment emballée par celui que tout le monde considère comme un emblème national, et que beaucoup ne respectent pas. Il est demandé de ne pas prendre en photo certaines sections, et pourtant je pense bien en avoir reconnu une dans un guide de voyage ! C’est bien de montrer l’exemple.

L’endroit est sacré dans la culture aborigène, et les traditions voudraient aussi qu’il soit interdit de l’escalader. Malgré ça, et malgré le danger évident que cela représente, nombreux sont ceux qui montent au sommet. Le manque de respect du lieu va même tellement loin que le parc a été contraint de retirer les croix commémoratives des personnes y ayant laissé la vie, car apparemment certains trouvaient ça intelligent et probablement viril de se prendre en photo à côté, histoire de montrer qu’eux n’étaient pas morts durant l’ascension. Et sinon, vous pouvez aussi simplement respecter les croyances ancestrales et ne pas monter du tout !

Ceci dit, la marche de 10km pour en faire le tour n’est pas super intéressante non plus, et on est en plein soleil sur la plupart du circuit. Les autres rochers un peu plus loin, Kata Tjuta (les Olgas en australien moderne), sont nettement plus intéressants et la randonnée beaucoup plus jolie.

Les rochers de Kata Tjuta et d’Uluru sont en fait connectés sous terre. Ils font partie d’une même couche de roche, qui s’est pliée vers le bas et forme maintenant un arc de cercle, dont les deux extrémités ont été révélées par l’érosion. D’un côté Uluru, un gros monolithe, de l’autre Kata Tjuta, une succession de plusieurs petits avec plusieurs vallées au milieu.

Une randonnée de quelques heures est possible les jours où il fait moins de 36°C et ferme à 11h quand la température va au-delà, car la chaleur dans la grande vallée principale peut devenir dangereuse. Seule à nouveau, comme dans Kings Canyon, j’ai vraiment eu l’impression par moments d’être loin de toute sorte de réalité. Dépaysant, et bien plus spectaculaire qu’Uluru.

Les kilomètres s’enchaînant, je pensais ne jamais réussir à voir vivant ce géant venu d’ailleurs que je cherchais depuis des semaines et dont je n’avais vu que des carcasses. Et finalement il était là, marchant tranquillement le long de la route.

Les dromadaires ont été introduits en Australie depuis le Moyen-Orient au 19ème siècle par les européens afin d’effectuer des travaux et du transport de charges lourdes dans l’outback. Quand le train est arrivé et que les transports se sont développés, des milliers d’animaux devenus inutiles ont été relâchés dans la nature. Sans prédateurs et dans un environnement leur convenant parfaitement, ils n’ont eu aucun mal à redevenir sauvages et ont causé de nombreux problèmes. Ils réduisent considérablement les ressources en eau et en nourriture de la faune sauvage, détruisent tout sur leur passage, et causent également de nombreux dégâts matériels dans les élevages bovins.

Et ce n’est que le dromadaire. Les colons européens ont également introduit des chevaux, cochons, chèvres, chiens, chats, lapins, renards, poissons… Sans parler des tiques. Ni de l’extermination des prédateurs qui les dérangeaient, de l’abattage encore en cours de forêts dont le rôle est devenu critique pour la survie de certaines espèces, ou de projets mettant en danger des écosystèmes entiers comme la Grande Barrière de Corail. Etc etc.

Et ce n’est que l’Australie. Ce genre de dérèglement complet de la nature est arrivé et arrive toujours partout dans le monde. La pression sur la faune sauvage est immense, les conséquences difficiles voire impossibles à contrôler car tout s’enchaine comme un effet domino. Un retour en arrière est probablement compromis, mais on peut au moins arrêter d’aggraver la situation. Oui, même chez nous.

Un autre endroit où le paysage a complètement changé après l’arrivée des européens, Coober Pedy. A l’origine, il n’y avait aucune ville ici. Jusqu’en 1915, lorsque de l’opale a été trouvée, et c’est aujourd’hui la source de 80% de la production mondiale de cette pierre aux reflets infinis. Le problème, c’est qu’il n’y a aucune règle pour chercher de l’opale car elle s’est formée aléatoirement dans le sol. C’est une question de chance. Pour la trouver, il faut donc creuser à droite à gauche, et à n’importe quelle profondeur. Autant dire qu’autour de la ville, le terrain est quelque peu miné. Il y a même des panneaux pour rappeler qu’ici, il ne faut pas marcher à reculons !

Le paysage fait tellement penser à une autre planète qu’il a souvent servi pour des films dont l’histoire se passe sur Mars. Ca doit être d’ailleurs assez simple d’éviter de voir des constructions terriennes à l’écran, car les températures peuvent être si extrêmes ici que beaucoup de bâtiments sont construits sous la surface.

Dernier arrêt sur la route vers Adelaide, un énorme et magnifique lac salé. Il fait froid, il fait moche, mais ce Lake Hart annonce que la fin du voyage est proche et il n’en est que plus mystique.

Je reste complètement sur ma faim quant à ma traversée du désert, car je n’ai jamais vraiment eu l’impression d’être dans un désert. Arrivée à Adelaide, je ne savais pas vraiment quoi penser, ni comment réaliser ce que j’avais traversé. J’avais plutôt le sentiment de n’avoir pas vu le centre du pays tellement il était loin de ce que j’avais imaginé.

Je me rends compte maintenant que je me limitais à un cliché et à un à-priori, qui m’ont empêchée d’imaginer la diversité que le désert pouvait avoir. Comme quoi, je dis toujours qu’on n’a jamais fini d’apprendre, et ça s’applique vraiment à tout.

Et tant que j’y pense, il y a bien plus à voir que ce qui s’arrête au bord des photos…

Après avoir profité une dernière fois d’Adelaide et m’être promis d’y revenir un jour, je reprends la route sous une pluie battante pour rejoindre Murrnong, ses chèvres et ses abeilles. Là-bas, deux projets m’attendent avant de m’envoler à nouveau vers le Queensland. Donner un cours, et faire du ski. Donner un cours de ski ? C’est pas passé loin…

4 commentaires

  1. Ouf ! Quelles descriptions ! Et même si tu parais un peu « déçue » de cette traversée, c’est encore un très beau voyage pour nous grâce à toi et ton sens de l’observation.
    Merci aussi de nous rappeler quelques principes de bon sens applicables partout sur notre planète Terre… 😉
    Gros bisous ma biche. ❤

    Aimé par 1 personne

  2. Comme elle est différente l’Australie Centrale que nous décris (et nous montre avec tes magnifiques photos )de celle des reportages qu’on peut voir à la télé : des oiseaux, des animaux, des fleurs , des lacs , des vols époustouflants de chauves souris . C’est ça le désert australien ? Tout le monde n’a pas des yeux et le désir de découvrir !
    Pas facile de faire 3800 km , mais comme toujours tu nous fais tellement rêver !
    Merci Sophie .
    Bisous

    Aimé par 1 personne

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