galerie Un petit quart de pays

En quittant Perth, je ne m’attendais pas à voir tout ce que j’ai vu. Ni à rencontrer une autre voyageuse pour qui « en Australie tout se ressemble, tout est pareil ». On ne doit pas visiter le même pays, car la diversité des paysages, de la faune, des climats et des situations est infinie ici.

En ville par exemple, on peut souvent voir des groupes de cacatoès juste au bord de la route. Puis les parcs nationaux se succèdent sans se ressembler, et les couleurs changent continuellement.

Etant en train de remonter la côte Ouest, je voulais voir le point le plus à l’Ouest du continent. Mais c’était sans compter sur la géographie du lieu, qui m’a empêchée de l’atteindre car je ne pouvais pas rouler 40km dans les dunes de sables…

Je me suis donc « contentée » (à contre-coeur au début) de la baie de Monkey Mia pour l’après-midi, jusqu’à ce que les dauphins fassent leur entrée !

La baie est un endroit assez reculé, naturellement protégé par son emplacement, et des dauphins y résident depuis longtemps. Le tourisme s’est alors développé autour d’eux, et c’est la principale raison pour laquelle Monkey Mia est connue.

Les rangers les nourrissent tôt le matin pour satisfaire les touristes, mais visiblement ça ne les empêche pas de pêcher eux-mêmes. Et même s’il est interdit d’entrer dans l’eau quand ils sont là, ils viennent se contorsionner pour pêcher dans quelques centimètres d’eau au bord de la plage, et on peut les voir de très près !

Après avoir traîné un moment avec les dauphins, j’ai quitté Monkey Mia avec plusieurs heures de retard sur ce que j’avais prévu. Il a donc fallu rouler toute la nuit pour atteindre Coral Bay à temps, car j’avais rendez-vous avec un bateau le lendemain matin.

Et en roulant de nuit, on trouve des animaux nocturnes. Kangourous, wallabies, échidnés, en général proches de la route si ce n’est au milieu. Le plus simple pour faire sortir un macropode de la route est de faire du bruit (le plus efficace que j’ai trouvé étant de taper le flanc de la voiture). Pour un échidné par contre, il faut être silencieux, car le moindre bruit et la moindre menace les fait se mettre en boule sans bouger.

A la sortie de Monkey Mia, un australien faisait de grands signes au milieu de la route pendant que sa femme faisait des appels de phares pour ralentir les (rares) voitures. Voyant un échidné en boule et ayant des gants dans la voiture, je me suis arrêtée pour le sortir de la route et le remettre dans le bush de l’autre côté. Au lieu de me dire « c’est comme ça tous les soirs », il aurait pu simplement avoir une paire de gants, ou une serviette, ou au moins ne pas rester collé comme ça à lui car il serait reparti tout seul…

Bref, direction le Ningaloo Reef.

Premier détail, j’ai peur de la mer. Je ne crois pas en Dieu ou en une divinité quelconque, mais pour moi la mer et la montagne sont des puissances tellement fortes qu’elles peuvent décider de notre sort et nous avaler en une fraction de seconde. Mais il y a de chouettes trucs en mer, donc j’ai tenté.

Deuxième détail, j’ai le mal de mer. Et j’étais épuisée de ma nuit. Mauvaise combinaison quand on part pour 10 heures sur les vagues qui s’écrasent sur un récif corallien.

Au Nord de la côte Ouest, le Ningaloo Reef est un récif magnifique qui s’étend sur environ 250km. Je n’avais jamais fait de snorkelling (nage avec palmes, masque et tuba – différent de la plongée avec bouteilles, jamais tentée non plus), et c’est un bel endroit pour une première fois. Surtout quand on peut quitter le bateau avec une frite de piscine !

Le planning de la journée comprenait une première session de snorkelling le matin sur le récif, puis passage de l’autre côté, en pleine mer, à la recherche des requins baleines. Ils s’aident d’un avion pour les repérer. Les requins baleines migrent vers le Nord et l’Asie à cette période, mais nous n’avons pas eu de chance et le seul trouvé par l’avion avait plongé trop profond avant qu’on arrive. Ce sont des poissons, donc ils n’ont pas besoin de remonter à la surface pour respirer…

Mais c’était aussi la période de grande migration des baleines, et j’ai pu voir une baleine à bosse remonter juste devant moi alors que j’attendais la fin des temps, affalée par dessus le bord du bateau !

En fin de journée, on a aussi croisé deux raies manta juste en bord de plage. Tout le monde à l’eau, mais elles étaient tellement occupées à fouetter l’eau et tourbillonner qu’elles avaient remué tout le sable et on ne voyait plus rien.

Mais le tour ciblait les requins baleines, donc j’avais la possibilité de revenir ou d’en choisir un autre puisqu’il s’est soldé par un échec. Je suis donc repartie sur et dans l’eau le lendemain, mais seulement sur le récif et surtout pour 2 heures, bien suffisant pour moi. C’était un bateau à fond de verre, donc les poissons défilaient dessous. Joli à voir. Et je suis repartie avec en prime un masque et un tuba offerts par la dame du tour opérateur. Incroyablement gentil de sa part, et parfait car j’allais plus au Nord du récif le lendemain !

Sur la route, j’ai commencé à apercevoir des termitières un peu partout. Et rapidement je me suis rendu compte que c’était des champs entiers, et il y en a en fait au moins jusqu’au Territoire du Nord.

Depuis Exmouth, on entre facilement dans le Cape Range National Park, dont les plages donnent un accès direct au récif. Aucune rivière ne se jette dans l’eau dans toute la région, c’est pour ça que le récif est si proche et si accessible, car il n’est pas repoussé vers le large par l’eau douce.

J’ai donc posé ma serviette sur la plage, et nagé avec des poissons, des étoiles de mer, et deux magnifiques jeunes tortues vertes ! Mémorable.

Quelques oiseaux plus tard, je reprends la route, vers l’Est cette fois, et je m’enfonce un peu plus dans les terres. Là se succèdent des rivières très larges (certaines larges de 200 ou 300m), parfois pleines, souvent complètement sèches.

Prochaine grosse étape, très attendue, le Pilbara. De la terre rouge, des gorges, de l’eau, des cailloux, je suis servie.

La région est très exploitée par les mines, et les road-trains sont encore plus nombreux que les trains. Leur défilé est vraiment impressionnant, ça n’arrête pas de la journée, à se demander ce qu’ils arrivent encore à extraire et à envoyer vers les ports de Broome et Port Hedland après toutes ces années !

Sur les routes de l’Ouest australien, j’ai croisé des centaines de road-trains. Parmi tous les autres véhicules, environ un sur dix était un véhicule utilitaire, les autres étant toujours des voitures de touristes et voyageurs. Et quelques familles aborigènes.

Ces régions reculées et inhospitalières n’ayant pas intéressé les colons européens, les aborigènes ne sont pas effacés du décor que sont leurs terres ancestrales et cachés à l’arrière plan comme ils le sont beaucoup sur les côtes Est et Sud. Mais la modernisation des villages et l’exploitation du sol les a quand même souvent oubliés, et l’alcool est devenu la principale raison de vivre d’un bon nombre d’entre eux. Des mines prolifiques et des villes portuaires emportent les richesses du pays dans d’autres pays riches, en oubliant ses autochtones millénaires, et la pauvreté se lit parfois dans les populations aborigènes, pourtant une des civilisations les plus anciennes au monde, ayant une culture plus riche que n’importe quelle autre.

Quand je dis que le défilé des road-trains et des trains venant des mines est incessant, ce n’est pas une façon de parler. J’ai arrêté de compter les trains chargés à ras bord après à peine une heure de route car j’avais perdu le compte. Et pour vous faire réaliser la longueur de ces monstres, j’en ai filmé un qui revenait. Pas obligés de regarder toute la vidéo, mais il y avait 234 wagons sur celui-là…

Le (vrai) train de la mine

Dans l’article précédent, je disais qu’il fallait toujours que je pense à tout. L’eau, la nourriture, l’essence, les espèces. Pourquoi ? Car j’avais oublié de prendre des espèces en quittant la route principale et m’enfonçant dans les pistes vers le Chichester National Park. Impossible de payer l’entrée du parc en carte bancaire car il n’y avait pas de boutique ou office du tourisme, et j’ai donc compensé ma présence gratuite en n’utilisant pas leurs commodités ! Avec la chaleur et la fatigue, on peut aussi devenir un peu stupide et faire des choses ridicules…

Encore quelques centaines de kilomètres de pistes, et je m’approche enfin du Karijini National Park. Il faut aimer la poussière et ne pas vouloir avoir une voiture trop propre, car on finit avec une pellicule rouge absolument partout, même à l’intérieur. D’ailleurs, il ne faut pas non plus s’attendre à ce que la voiture sorte forcément indemne. Je n’ai pas crevé de pneu, mais un déchet de mine de fer a décidé de rendre visite d’un peu trop près à mon pare-brise.

Karijini National Park

Impossible de décrire la beauté des paysages tellement c’est impressionnant. La puissance des montagnes renvoie une énergie incroyable, et la beauté des gorges donne envie de rester là pour toujours. Je me demande quand même à quoi ça ressemble et à quel point c’est accessible en saison humide, car j’y suis allée en saison sèche et certains endroits peuvent devenir difficiles à passer avec plus d’eau.

J’y suis restée deux jours, et c’était loin d’être suffisant ! Contente d’avoir commencé par la gorge de Dales en tout cas, car la suite était bien plus spectaculaire. Après avoir longé la gorge en haut des falaises, je suis descendue dedans, et l’endroit est magnifique.

Deuxième jour, deuxième lot de gorges. Il n’est pas possible de descendre dans toutes, mais la vue depuis le haut se suffit à elle-même.

Ne sachant pas à quoi m’attendre, je n’étais pas certaine au début de vouloir suivre les chemins de randonnée de très haute difficulté. Mais je serais passée à côté d’endroits magiques si je ne l’avais pas fait !

La gorge de Hancock et la gorge de Weano se passent de commentaires, et moi qui n’ai pas encore pu faire de canyoning, j’ai particulièrement aimé la première et j’y retournerais avec plaisir !

Retour à la civilisation, ou presque. A Broome, à marée basse, on peut voir trois longues séries d’empreintes de dinosaures ! C’est même difficile à croire qu’on puisse toujours les voir alors que c’est battu par les vagues et les marées depuis des milliers d’années.

Je n’avais pas la possibilité d’être là plus tôt, ni de rester plus longtemps et d’attendre une marée basse plus basse. Car si le coefficient de marée est trop élevé, les traces ne sortent pas la patte de l’eau. Je pense en avoir distingué une, qu’on ne voit pas du tout sur les photos, mais je vais m’en contenter. J’ai quand même marché sur les pas de dinosaures !

Et vu des dromadaires. Il y en a tellement en Australie qu’ils sont souvent exploités pour se balader sur les plages ou autour de lieux touristiques.

Sur les routes, je croise aussi régulièrement des panneaux indiquant les différents ranchs, et par moments se dresse sur le côté un grand enclos utilisé pour rassembler les vaches (et peut-être les chèvres et les moutons ?) qui sont laissées en liberté dans le bush. Toujours proche de la route pour être accessible aux road-trains pour un chargement plus facile dans les remorques. Ironie du paysage, j’ai même vu un groupe de vaches brouter innocemment devant un abattoir…

Pays de contrastes (!), la faune et la flore n’échappent pas à la règle. Après les fleurs sauvages, voici la taille au dessus, le baobab ! Si puissant, si paisible, chaque arbre si unique et différent des autres. Il y en a des petits, des moyens, des gros, des énormissimes. Et surtout, de Broome à Kununurra, ils sont absolument partout. On les distingue facilement parmi les étendues d’eucalyptus, et ça donne un charme très particulier au paysage. Si j’avais pu en ramener un dans ma valise…

Arrivée dans la région des Kimberleys, je savais que je n’en verrais pas grand-chose car les pistes la traversant sont rudes pour les voitures. Mais le parc national de Tunnel Creek restait quand même accessible depuis la voie express. Ou en tout cas, c’est ce qui était annoncé.

Le hasard a voulu que je prenne une auto-stoppeuse avant de partir sur cette piste, et j’ai passé une très bonne journée. Je pense même que si j’avais été seule, j’aurais fait demi-tour avant Tunnel Creek, car une partie de la piste était encore complètement inondée des orages qui se sont abattus il y a quelques mois. Avant d’y mettre mes roues, il fallait que je sache la profondeur de la flaque, et j’ai décidé de la sonder moi-même plutôt que de nous lancer dans des estimations savantes. Après avoir visé entre la boue et la zone trop profonde, on a pu traverser dans un sens, et revenir de nuit en fin de journée.

Et heureusement qu’on a traversé, car on a pu voir des crocodiles de Johnston (crocodiles d’eau douce), la gorge de Windjana, et un jardinier à nuque rose ! Pas de confusion, c’est un oiseau.

Pas n’importe quel oiseau. Le mâle construit une structure en forme d’arche au sol, qu’il décore de tous les objets blancs ou en verre qu’il peut trouver (cailloux, coquillages, os, morceaux de verre). Le but est évidemment d’impressionner une femelle. Si elle est conquise, l’accouplement aura lieu dans cette arche, puis la femelle ira construire un nid dans un arbre, où elle pondra ses œufs et élèvera seule les petits.

Histoire drôle en rapport avec Tunnel Creek : en préparant mon voyage l’année dernière, j’ai lu qu’il fallait une lampe torche pour visiter cette grotte. C’est ce qui m’a fait vouloir partir avec une lampe frontale, que j’utilise en fait tous les jours depuis que je suis en Australie !

Après cet aperçu rapide des Kimberleys, je continue mon chemin vers Darwin. Je croise alors le lac Argyle, immense zone autrefois presque sèche, inondée par un barrage construit pour irriguer les cultures de la région. Le lac fait plus de 20 fois la taille de la baie de Sydney, c’est dire si le barrage est efficace…

Ce lac marque la fin de mon passage en Australie Occidentale. Juste après, je passe la frontière avec le Territoire du Nord, je change à nouveau d’heure, et j’arrive bientôt à Darwin.

Ce lac marque aussi ma première rencontre avec les bushfires, feux de brousse que je verrais ensuite partout pendant deux semaines.

L’État que je quitte est immense et très riche, et je pense qu’il n’y a que le désert que je n’ai pas vu, mais c’est pour bientôt, sur une autre route.

6 commentaires

  1. Comme elle est belle l’Australie que tu nous montres , tellement différente des clichés qu’on peut voir à la télé !
    Les paysages sont si variés , les couleurs magnifiques . Le parc de Karijini est splendide , tout est splendide d’ailleurs !
    Vraiment ton récit est enchanteur et tes photos ,comme d’habitude, très belles . Ca fait rêver !
    Merci Sophie .
    Bisous

    Aimé par 1 personne

  2. Quelle diversité de paysages et d’ambiances ! Et quelles splendides photos !
    Merci de nous faire profiter ainsi de ce pays de contrastes où même les « flaques » ont une dimension particulière. 😉
    Mille bisous ma biche. ❤

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s