galerie Quelques heures de route plus tard

Ça fait un bon moment que je n’ai rien Ă©crit, et pour cause, je n’avais pas grand chose Ă  raconter après ĂŞtre arrivĂ©e Ă  Brisbane, puis j’ai roulĂ©, roulĂ©, roulĂ©, roulĂ©… Et ensuite j’avais juste la flemme en fait.

Au dĂ©part, j’Ă©tais lĂ  bas uniquement pour les papiers de la voiture. FormalitĂ©s mĂ©caniques et administratives sans intĂ©rĂŞt, qui m’ont quand mĂŞme immobilisĂ©e pendant quelques jours.

J’ai essayĂ© de visiter un minimum la ville malgrĂ© tout, mais je n’ai pas du tout accrochĂ© ici. Elle est belle, a un certain charme par endroits, mais l’ambiance y Ă©tait vraiment Ă©touffante. Peut-ĂŞtre Ă  cause de la chaleur intenable ou des bouchons paralysant complètement le centre-ville, en tout cas j’avais vraiment hâte de voir autre chose. Ceci dit il faut quand mĂŞme ĂŞtre honnĂŞte, certains endroits sont jolis !

Un peu Ă  l’Ouest, il y a aussi le Lone Pine Koala Sanctuary, plus ancien et plus grand sanctuaire de koalas. Pas vraiment un sanctuaire comme on l’aurait dĂ©fini, il ressemble plus Ă  un zoo amĂ©liorĂ©. Et du coup il n’y a pas seulement des koalas (mĂŞme s’il y en a beaucoup !), mais pas mal d’autres espèces australiennes.

Quitte à être dans le Queensland en plein mois de janvier, je voulais quand même absolument être témoin de la reproduction des tortues avant de repartir vers le sud !

Car sur les 7 espèces de tortues marines dans le monde, on peut en trouver 6 dans la Grande Barrière de Corail. Tous les ans, les femelles viennent sur les plages pour pondre entre novembre et janvier, et les petits naissent ensuite entre janvier et mars, après deux mois d’incubation dans le sable chaud.

Brisbane Ă©tant vraiment très au sud du sud de la Grande Barrière de Corail, je suis remontĂ©e sur environ 400km pour atteindre la ville de Bundaberg, et plus particulièrement le centre de recherche Mon Repos Turtle Centre. Ses plages accueillent la plus grosse concentration de pontes de tortues caouannes du Pacifique Sud, ainsi que quelques pontes de tortues vertes et tortues Ă  dos plat. Et l’avantage est que c’est encadrĂ© par un centre de recherche justement, donc les plages sont fermĂ©es de 18h Ă  6h pendant toute la saison (novembre – mars, vous suivez ?), et les pontes sont protĂ©gĂ©es et surveillĂ©es.

On peut quand mĂŞme assister Ă  tout ça, mais dans un cadre bien organisĂ©. Chaque soir, les rangers du centre patrouillent les plages pour trouver les femelles (sans les dĂ©ranger – une lampe dirigĂ©e par erreur vers elles pendant qu’elles remontent la plage, et elles retournent Ă  la mer sans avoir pondu). Elles sont laissĂ©es tranquilles le temps nĂ©cessaire pour remonter suffisamment haut, creuser leur nid, pondre, le reboucher et repartir. Le seul moment oĂą elles peuvent ĂŞtre dĂ©rangĂ©es sans gĂŞne est en fait lors de la ponte elle-mĂŞme. Elles ne bougent pas, et sont moins stressĂ©es. Les touristes peuvent observer, et les chercheurs en profiter pour les mesurer et les identifier, et avoir un suivi d’une annĂ©e sur l’autre. Pour les tortues caouannes, la ponte moyenne est autour de 180 oeufs si mes souvenirs sont bons, et elles peuvent venir pondre trois fois dans la mĂŞme saison ! Toujours sur la mĂŞme plage, vous comprendrez pourquoi plus loin. Les oeufs ne seront pas forcĂ©ment tous fĂ©condĂ©s, mais ça demande une quantitĂ© vraiment consĂ©quente d’Ă©nergie Ă  chaque fois…

Deux mois plus tard, les oeufs vont Ă©clore. Les petits naissent minuscules et ensevelis sous plusieurs dizaines de centimètres de sable. Leur instinct les fait grimper jusqu’Ă  la surface, sortir du sable, et courir vers la mer en essayant d’Ă©viter de se faire gober par un oiseau ou un crabe. La prĂ©sence des chercheurs permet justement aussi d’Ă©viter la prĂ©dation, et Ă  part lorsque les crabes vont chercher le dĂ®ner directement Ă  l’intĂ©rieur du nid (donc dans le sable), tous les petits atteignent la mer. C’est d’ailleurs le seul moment de leur vie oĂą ces tortues sont capables de se remettre Ă  l’endroit si elles se retrouvent sur le dos dans la cohue ! Une fois la mer atteinte, elles vont nager sans s’arrĂŞter pendant trois jours et prendre le courant est-australien (ce n’est pas une blague, ça ne sort pas de Nemo). Seulement une sur mille atteindra l’âge de 30ans, âge auquel les femelles reviendront sur la plage oĂą elles sont nĂ©es (!) pour pondre Ă  leur tour. La magie de la nature.

Et les chercheurs dans tout ça ? J’ai dĂ©jĂ  expliquĂ© ce qu’ils font avec les femelles, mais pas avec les petits. Après l’Ă©closion, quand les tortues sont sorties, il y a des mini traces de pattes dans tous les sens sur le sable au dessus du nid. On sait alors que les oeufs ont Ă©clos, et les chercheurs ouvrent le nid. Ils creusent jusqu’Ă  trouver les coquilles, et se mettent Ă  les compter pour voir la taille de la ponte et la quantitĂ© d’oeufs effectivement fĂ©condĂ©s et Ă©clos. S’il reste des petites tortues retardataires, elles peuvent ĂŞtre montrĂ©es aux touristes venus avec eux sur la plage ce soir lĂ  (moi par exemple), puis sont relâchĂ©es quelques minutes plus tard pour faire leur course jusqu’Ă  la mer. Elles se repèrent Ă  la lumière, donc il ne faut jamais avoir de lampe quand on se promène sur une plage la nuit en pĂ©riode de reproduction, sinon on risque de les dĂ©sorienter complètement. LĂ  bien sĂ»r il y avait de la lumière (lampes frontales des chercheurs et lumière des appareils photo), donc il a fallu les guider en faisant un « chemin lumineux » sur la plage. Sans la prĂ©sence humaine, elles voient depuis la sortie du nid un reflet blanc au dessus des vagues, et c’est cette lueur qui les guide jusqu’Ă  l’eau. Car oui Ă©videmment, elles n’ont absolument pas besoin de nos lampes de poche pour savoir oĂą aller, elles le font toutes seules depuis le temps des dinosaures…

Autre avantage Ă  la prĂ©sence des chercheurs, liĂ© au fait qu’un plus grand nombre de tortues arrive Ă  la mer, ça compense « un peu » les pertes Ă©normes dues Ă  l’homme. Je m’explique. A cause de tous les dĂ©chets qu’on rejette partout et n’importe comment, les animaux marins et en particulier les tortues se retrouvent blessĂ©s, coincĂ©s ou Ă©touffĂ©s par des morceaux de plastique. Elles meurent parfois Ă©touffĂ©es par des sacs plastiques qui ressemblent Ă  des mĂ©duses dont elles se nourrissent, ou emprisonnĂ©es dans des filets ou des emballages qui dĂ©rivent et finissent par les Ă©puiser et les noyer. N’importe quel dĂ©chet jetĂ© dans la nature, mĂŞme très loin du littoral, peut finir en mer sous l’effet du vent et des rivières…

Et on ne peut pas avoir un monde sans tortues, n’est-ce pas Morgane ?

Après cette expĂ©rience courte mais intense (dĂ©solĂ©e pour le roman), j’ai repris la route direction plein sud. Trois jours de voyage jusqu’Ă  Canberra, capitale de l’Australie.

Le voyage fut fort long et Ă©puisant, et mĂŞme avec un arrĂŞt pour voir une quinzaine de kangourous, j’en garde plutĂ´t un mauvais souvenir. MĂŞme si l’objectif Ă©tait uniquement d’arriver et de ne plus ĂŞtre seule, et que du coup il a Ă©tĂ© atteint !

6 commentaires

  1. Bravo pour les explications et la qualité des photos !
    Le petit rapace qui cligne de l’œil est adorable et les skippies plutôt amusants.
    Quand Ă  la destinĂ©e des « turtles babies », promis je n’utiliserai plus de sac plastique.
    Excellent reportage dans un style nature qui te ressemble bien.
    Bisous de ton père.

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  2. Ma So tu as tout Ă  fait raison !
    Une vie sans tortues n’est pas une vie !

    Très bonne explications pour la préservation de nos tortues en mer !

    Comme d’habitude jolie texte qui fait voyager !

    Aujourd’hui j’Ă©tais dans un magasin et j’ai vu une magnifique carte postale pour toi, mais tu nes plus la… et tu n’as pas d’adresse.. alors jai oublier l’idĂ©e !

    Je suis contente que tu ne soit plus seule !

    Ps: trop mignonne les petites Carrettaaaaaaa!!! J’en est jamais vu !!!!!! La chance !!!!!!

    Je t’envoie plein de bisous !!

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  3. Chouette, super reportage, comme d’hab’. J’Ă©tais pressĂ©e de te lire et maintenant j’attends l’Ă©pisode suivant avec impatience !! A te lire je t’entend parler et c’est comme si tu Ă©tais lĂ , Ă  cotĂ© de moi… j’adore 🙂
    GRooooooooooooooooos biiiiiiiisous !!!

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  4. Très belle immersion à Brisbane avec toujours des photos magnifiques et des commentaires instructifs!
    Les dragons sont vraiment impressionnants et les pies agressives !!! L’oiseau Ă©tait sur le capot de ta voiture ?
    Tu as eu une grande chance de pouvoir tenir 2 petites tortues caouannes , c’est Ă©mouvant !
    les vaches australiennes sont rigolotes avec leurs grandes oreilles et pas de cornes , rien à voir avec les vaches périgourdines !!!
    Vas vers de nouvelles rencontres et fais nous rĂŞver ……..

    Plein de gros bisous
    Mamie

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    • L’oiseau s’est posĂ© sur la portière ouverte, ils ont vite tendance Ă  venir vraiment trop près, ils doivent ĂŞtre nourris tout le temps… Par contre les tortues c’est pas moi qui les tenais, mais j’ai touchĂ© les pattes avant et elles ont vachement de force pour leur petite taille !

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